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21 juin 2015

Papa & Moi



Papa aujourd'hui c'est ta fête, la fête des pères. J'ai reçu un tas de mails et de sms promotionnels m'invitant à profiter d'offres exceptionnelles "spéciales fêtes des pères". Mais tu vois, cette année, après avoir réfléchi à ce dont tu pourrais bien avoir besoin, je n'ai pas trouvé de cadeau utile, fun, et/ou indispensable à t'offrir. Pourtant, je devrais tous les jours t'envoyer une montagne de présents pour te remercier d'être mon géniteur. 


Oui, tu vois papa, plus je vieillis et plus je réalise à quel point c'est un privilège d'avoir été en partie crée par toi. Les années passent et tracent des sillons sur ton visage, comme autant de traits que tu marques en moi au fusain, souvenir après souvenir. Le temps s'écoule et je photographie dans ma mémoire les instants que nous passons ensemble, un peu avide de ces moments, précieux en raison des kilomètres qui nous séparent. 

"Plus je connais les Hommes, plus j'aime mon chien" comme disait Madame de Staël (et non pas Booba); moi plus je connais les hommes, plus j'aime mon père. Oui papa, les garçons ne sont vraiment pas toujours gentleman avec les jeunes filles. Je doute que tu sois un mari irréprochable, cependant je serais heureuse si le futur mien pouvait avoir ne serait-ce que deux ou trois de tes valeurs, avoir des principes est si rare de nos jours.


Quand j'étais petite je voulais me marier avec toi, tu te rappelles ?
Je ne comprenais pas comment je ne pouvais pas être ta femme, puisque tu étais celui que j'aimais le plus au monde. Apparement c'est le cas de toutes petites filles qui adorent leurs pères, une histoire d'Oedipe.



L'adulte que je suis ne te prend plus pour un chevalier invincible. En effet, j'ai découvert depuis bien longtemps que tu avais tes faiblesses (et je ne parle pas du chocolat), des failles incrustées dans l'âme. Mais je regarde toujours avec admiration ta personne, simplement d'une autre façon. Je suis émerveillée devant ta politesse en toute circonstance, là où je placerais volontiers une insulte, tes yeux bienveillants sur les gens, ton humour légendaire dans de nombreuses situations, même les plus tristes que tu as pu traverser. Je vois, et j'ai aperçu avec mes yeux d'enfant, mon père rire là où beaucoup se seraient écroulés; tu m'as enseigné comment relativiser, ordonné de me battre face à l'altérité, montré que l'on peut relever la tête quand la vie fait pleuvoir du béton sur nos coeurs. Tu m'as transmis le second degré, la faculté à rire de soi, et cette fâcheuse habitude de me moquer de tout, sans cesse. Tu m'as appris à faire du vélo sans avoir besoin de deux roues, au sens propre comme au figuré. Je suis libre grace à toi. 

Alors, pour toutes ces choses, et pour celles qui arrivent, merci.


Certaines de mes amies ont déjà perdu leurs papas. J'y pense régulièrement. Je me demande comment je ferais si, soudainement, du jour au lendemain, tu disparaissais. Déjà, survivre à la peine, au manque, à cette douleur de se sentir orpheline, ce sentiment qui fait resurgir notre peur enfantine de l'abandon. Et l'impuissance face au vide. Ne plus pouvoir parler et communiquer avec une des personnes qui nous a le plus aimé sur Terre. Perdre son père. Perdre son repère. Je m'interroge de plus en plus souvent, au fur et à mesure que le temps commence à bâtir un pont pour te laisser partir. Je t'enterre trop tôt dans ma tête, je me fais des films, je m'effraie toute seule, peut être pour me préparer, me dire que c'est ainsi, la vie, pour construire une barrière de probabilités afin de m'assurer le moins de chocs possibles quand le moment viendra d'être privée de toi. 
Et alors, je continuerai à marcher, sûrement en tremblant, les jambes flageolantes, comme un faon qui fait ses premiers pas, comme un humain qui apprend à tenir debout avec un appui en moins. Mais je serai débout. Parce que tout ce que tu m'as inculqué jusqu'à présent, et les leçons que tu continues à semer dans mon être, font de moi une femme construite, un édifice aux multiples facettes où les fondations sont solides. J'ai eu cette chance, qui n'est pas donnée à toutes les petites filles qui atterrissent, fragiles, dans le grand bain de l'existence.


Papa aujourd'hui c'est ta fête, et sous la bruine de Paris ton image réchauffe mon ciel. Je t'aime.


4 commentaires:

granvur a dit…

Ca donne le vertige ta lettre dédié à ton papa car parler de mort c'est glauque désolé !

Mathilde a dit…

Ce genre de texte me chamboule à chaque fois, je me mets toujours à la place de la personne qui l'a écrit et ça me donne les larmes aux yeux.

Alek Sandra a dit…

Très belle déclaration pour ton papounet. Il doit être fier de toi et de ta jolie plume ��

philippe TERRIER a dit…

Navia a les mêmes étincelles dans les yeux aujourd'hui qu'à 8 ans.